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Guide de l'enseignant: Raisonnement par récurrence

Apprends à démontrer une propriété pour tout entier naturel avec le raisonnement par récurrence : initialisation, hypothèse de récurrence, hérédité et conclusion.

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Quiz de classe

10 questions sur Preuves mathématiques. Les élèves participent avec un prénom, vous voyez tous les scores.

Pour les enseignants

Objectifs d'apprentissage
  • Expliquer l'idée des dominos derrière le raisonnement par récurrence
  • Rédiger l'initialisation, l'hypothèse de récurrence, l'hérédité et la conclusion d'une démonstration par récurrence
  • Démontrer par récurrence des formules de sommes, des propriétés de divisibilité et des inégalités
  • Trouver et corriger les erreurs dans des démonstrations par récurrence fausses
Prérequis
  • • Introduction aux preuves mathématiques : ce qu'est une démonstration
  • • Démonstration directe : démontrer à partir des définitions
  • • Développer et factoriser des expressions comme (k+1)2(k+1)^2 et (k+1)3(k+1)^3
  • • Calculer avec des puissances, par exemple 2⋅2k=2k+12 \cdot 2^k = 2^{k+1}
Amorces de discussion
  • 1. Si tu sais que le premier domino tombe et que chaque domino fait tomber le suivant, comment sais-tu que le 1000e domino tombe ?
  • 2. Pourquoi vérifier une formule pour les 40 premières valeurs de n ne suffit-il pas ?
  • 3. Que se passerait-il si on oubliait l'initialisation ?
  • 4. Connais-tu une situation de la vie courante où une étape mène toujours à la suivante ?
Idées reçues courantes

Supposer P(k)P(k), c'est supposer ce que l'on veut démontrer

Remédiation: Insiste sur le fait qu'on suppose P(k)P(k) pour UNE seule valeur, afin de montrer le lien entre kk et k+1k+1. C'est l'initialisation qui lance la chaîne. Utilise les dominos : on suppose qu'un domino tombe seulement pour vérifier qu'il touche le suivant.

L'initialisation est une formalité qu'on peut sauter

Remédiation: Montre l'affirmation fausse 1+2+⋯+n=n(n+1)2+11 + 2 + \dots + n = \dfrac{n(n+1)}{2} + 1. Son hérédité fonctionne parfaitement, mais l'initialisation échoue, donc l'affirmation est fausse pour tout nn.

Vérifier plusieurs valeurs démontre une formule

Remédiation: Utilise n2+n+41n^2 + n + 41, qui est premier pour n=0n = 0 à 3939 mais vaut 41241^2 pour n=40n = 40. Les motifs suggèrent une formule, seule une démonstration la confirme.

Idées de différenciation

Pour les élèves en difficulté:

  • • Donner un modèle avec quatre cases : initialisation, hypothèse, hérédité, conclusion
  • • Avant le calcul littéral, vérifier P(k)P(k) et P(k+1)P(k+1) avec des nombres, par exemple k=4k = 4
  • • Commencer uniquement par des formules de sommes, où le terme suivant est facile à voir

Pour les élèves au niveau:

  • • Démontrer la somme des nombres impairs et la somme des puissances de 2 sans modèle
  • • Trouver l'erreur dans trois démonstrations par récurrence fausses
  • • Démontrer que n3−nn^3 - n est divisible par 33

Pour les élèves avancés:

  • • Démontrer 2n>n22^n > n^2 pour n≥5n \ge 5 et expliquer pourquoi l'initialisation se fait à 55
  • • Démontrer 12+22+⋯+n2=n(n+1)(2n+1)61^2 + 2^2 + \dots + n^2 = \dfrac{n(n+1)(2n+1)}{6}
  • • Découvrir la récurrence forte et démontrer que tout entier n≥2n \ge 2 est un produit de nombres premiers
Alignement aux standards
  • MP3 (CCSS.MATH.PRACTICE.MP3)

    Construire des arguments solides et critiquer le raisonnement des autres

  • HSA-APR.C.4 (CCSS.MATH.CONTENT.HSA.APR.C.4)

    Démontrer des identités polynomiales et les utiliser pour décrire des relations numériques

  • HSA-SSE.B.4 (CCSS.MATH.CONTENT.HSA.SSE.B.4)

    Établir la formule de la somme des termes d'une suite géométrique finie et l'utiliser pour résoudre des problèmes

Ressources de la leçon
  • visualVisualiseur de suites

    Règle le premier terme sur 1 et la raison sur 2 : la ligne de la somme montre que les 8 premiers nombres impairs ont pour somme 64, soit 8 au carré

  • activityDémonstration avec des dominos

    Les élèves alignent des dominos et testent ce qui se passe sans première poussée ou avec un trou dans la rangée

  • worksheetCompléter des démonstrations par récurrence

    Cinq démonstrations par récurrence où il manque l'initialisation, l'hypothèse ou des étapes de calcul

Contenu de la leçon

Tout ce que voient les élèves : définition, exemples, erreurs fréquentes, applications. Touchez pour ouvrir.

Définition

Le raisonnement par récurrence est une méthode de démonstration pour les propriétés qui portent sur tout entier n≥1n \ge 1 (ou tout entier à partir d'une valeur de départ). On note la propriété P(n)P(n). Au lieu de vérifier une infinité de cas un par un, tu démontres seulement deux choses :
  1. 1.Initialisation : P(1)P(1) est vraie.
  2. 2.Hérédité : pour tout k≥1k \ge 1, si P(k)P(k) est vraie, alors P(k+1)P(k+1) est vraie aussi. La supposition "P(k)P(k) est vraie" s'appelle l'hypothèse de récurrence.
Ensemble, elles donnent la conclusion : P(n)P(n) est vraie pour tout n≥1n \ge 1.
P(1) et (P(k)⇒P(k+1)) ⟹ P(n) pour tout n≥1P(1) \ \text{et} \ \big(P(k) \Rightarrow P(k+1)\big) \ \Longrightarrow \ P(n) \text{ pour tout } n \ge 1
Imagine une rangée infinie de dominos. L'initialisation fait tomber le premier domino. L'hérédité garantit que chaque domino qui tombe fait tomber le suivant. Donc tous les dominos tombent : P(1)P(1), puis P(2)P(2), puis P(3)P(3), et ainsi de suite sans fin.

Exemples résolus

Démontre que 1+2+3+⋯+n=n(n+1)21 + 2 + 3 + \dots + n = \dfrac{n(n+1)}{2} pour tout n≥1n \ge 1.

1

Initialisation : vérifie n=1n = 1

Membre de gauche : 11. Membre de droite : 1⋅22=1\dfrac{1 \cdot 2}{2} = 1 → P(1)P(1) est vraie

2

Hypothèse de récurrence : suppose P(k)P(k) pour un k≥1k \ge 1

Supposons 1+2+⋯+k=k(k+1)21 + 2 + \dots + k = \dfrac{k(k+1)}{2} → On peut utiliser cette égalité

3

Hérédité : ajoute le terme suivant k+1k+1 aux deux membres

1+⋯+k+(k+1)=k(k+1)2+(k+1)=k(k+1)+2(k+1)21 + \dots + k + (k+1) = \dfrac{k(k+1)}{2} + (k+1) = \dfrac{k(k+1) + 2(k+1)}{2} → =(k+1)(k+2)2= \dfrac{(k+1)(k+2)}{2}

4

Compare avec P(k+1)P(k+1)

P(k+1)P(k+1) affirme que la somme vaut (k+1)((k+1)+1)2=(k+1)(k+2)2\dfrac{(k+1)\big((k+1)+1\big)}{2} = \dfrac{(k+1)(k+2)}{2} → P(k+1)P(k+1) est vraie

Erreurs courantes

Oublier l'initialisation

Pourquoi c'est faux: L'hérédité seule ne démontre rien : elle dit seulement que SI un domino tombe, le suivant tombe aussi. Exemple : l'affirmation fausse 1+2+⋯+n=n(n+1)2+11 + 2 + \dots + n = \dfrac{n(n+1)}{2} + 1 a une hérédité qui fonctionne, mais pour n=1n = 1 le membre de gauche vaut 11 et celui de droite vaut 22.

Correct: Vérifie toujours le premier cas explicitement. Sans premier domino qui tombe, rien ne tombe.

Supposer ce que l'on veut démontrer

Pourquoi c'est faux: Écrire "supposons P(n)P(n) vraie pour tout nn" ou "supposons P(k+1)P(k+1)" est un raisonnement circulaire : on suppose la conclusion.

Correct: Suppose P(k)P(k) pour UNE valeur kk (l'hypothèse de récurrence) et démontre P(k+1)P(k+1) à partir d'elle.

Une erreur de calcul dans l'hérédité

Pourquoi c'est faux: Une erreur courante consiste à ajouter le mauvais terme suivant, par exemple 2k−12k - 1 au lieu de 2k+12k + 1 dans la somme des nombres impairs, ou à oublier d'ajouter le nouveau terme d'un côté.

Correct: Écris d'abord P(k+1)P(k+1) en entier (remplace chaque nn par k+1k+1), puis travaille pour arriver exactement à cette expression.

Croire que vérifier beaucoup de cas est une démonstration

Pourquoi c'est faux: L'expression n2+n+41n^2 + n + 41 donne des nombres premiers pour n=0,1,…,39n = 0, 1, \dots, 39, mais pour n=40n = 40 elle donne 1681=4121681 = 41^2, qui n'est pas premier.

Correct: Les exemples aident à deviner une formule. Seules l'initialisation et l'hérédité la démontrent pour tout nn.

Pourquoi c'est important

La récurrence est l'outil principal pour démontrer des résultats sur une infinité de cas :
  • Formules de sommes : tu peux démontrer que 1+2+⋯+100=50501 + 2 + \dots + 100 = 5050 découle d'une formule générale et non du hasard
  • Informatique : les programmeurs démontrent que les boucles et les fonctions récursives donnent le bon résultat pour toute taille de données
  • Des motifs qui semblent vrais : un motif vérifié dans 40 cas peut échouer au 41e ; la récurrence indique quand un motif est vraiment vrai pour toujours
  • Énigmes et jeux : les tours de Hanoï, les problèmes de pavage et beaucoup d'exercices de concours se résolvent par récurrence
  • Mathématiques supérieures : presque tous les domaines des mathématiques utilisent la récurrence quelque part
Dans les leçons précédentes, tu as appris les démonstrations directes. La récurrence ajoute une idée nouvelle et puissante : démontrer une seule étape, puis la laisser se répéter à l'infini.

Applications dans le monde réel

Vérifier des programmes informatiques

Les programmeurs utilisent la récurrence pour démontrer qu'une boucle donne la bonne réponse après n'importe quel nombre de tours : si c'est juste après $k$ tours, c'est juste après $k+1$ tours.

Exemple:

Une boucle ajoute 1,2,3,…1, 2, 3, \dots à un total. La récurrence démontre qu'après nn tours, le total vaut n(n+1)2\dfrac{n(n+1)}{2}.

1Essaie par toi-même

Un programme additionne les nombres de 11 à 100100 dans une boucle.

Quel total le programme affiche-t-il ?

Étape 1 : Écris l'expression mathématique

Utilise n(n+1)2\dfrac{n(n+1)}{2} avec n=100n = 100 :

Les tours de Hanoï

Dans ce casse-tête, tu déplaces une pile de disques sur une autre tige, un disque à la fois, sans jamais poser un grand disque sur un plus petit. La récurrence démontre qu'il faut $2^n - 1$ coups pour $n$ disques.

Exemple:

Pour déplacer k+1k+1 disques, on déplace les kk disques du haut, puis le plus grand disque, puis on remet les kk disques par-dessus : 2(2k−1)+1=2k+1−12(2^k - 1) + 1 = 2^{k+1} - 1 coups.

2Essaie par toi-même

Une tour a 66 disques. Déplacer 55 disques demande 3131 coups.

Combien de coups faut-il pour 66 disques ?

Étape 1 : Écris l'expression mathématique

Utilise coups pour 6 disques =2⋅= 2 \cdot (coups pour 5 disques) +1+ 1 :

Les grains de riz sur l'échiquier

Une vieille légende : on pose $1$ grain de riz sur la première case, $2$ sur la deuxième, $4$ sur la troisième, en doublant à chaque fois. La somme des puissances de 2 donne le total.

Exemple:

Sur les 33 premières cases, il y a 1+2+4=7=23−11 + 2 + 4 = 7 = 2^3 - 1 grains.

3Essaie par toi-même

Tu remplis les 1010 premières cases. La case 1010 contient 292^9 grains.

Combien de grains y a-t-il en tout sur les 1010 premières cases ?

Étape 1 : Écris l'expression mathématique

Utilise 1+2+⋯+2n=2n+1−11 + 2 + \dots + 2^n = 2^{n+1} - 1 avec n=9n = 9 :

Points clés

  • 1Le raisonnement par récurrence démontre une propriété P(n)P(n) pour tout entier nn à partir d'une valeur de départ
  • 2Initialisation : montre que le premier cas, souvent P(1)P(1), est vrai
  • 3Hypothèse de récurrence : suppose que P(k)P(k) est vraie pour un kk quelconque
  • 4Hérédité : utilise l'hypothèse pour démontrer P(k+1)P(k+1)
  • 5Conclusion : comme une rangée de dominos, la propriété est vraie pour tout nn
  • 6Les deux parties sont nécessaires : une hérédité sans initialisation, ou quelques cas vérifiés sans hérédité, ne démontrent rien

Questions fréquentes

Pourquoi la récurrence démontre-t-elle vraiment la propriété pour TOUT n ?

L'initialisation donne P(1)P(1). L'hérédité avec k=1k = 1 donne P(2)P(2), avec k=2k = 2 elle donne P(3)P(3), et ainsi de suite. Chaque entier strictement positif est atteint après un nombre fini d'étapes, donc aucun nn n'est oublié.

L'initialisation se fait-elle toujours pour n = 1 ?

Non. Commence à la première valeur à partir de laquelle la propriété doit être vraie. La somme des puissances de 2 commence à n=0n = 0. La propriété 2n>n22^n > n^2 est fausse pour n=2,3,4n = 2, 3, 4 (par exemple 24=16=422^4 = 16 = 4^2) et vraie pour tout n≥5n \ge 5, donc cette démonstration fait l'initialisation pour n=5n = 5.

Le raisonnement par récurrence est-il la même chose que l'induction en sciences ?

Non. L'induction en sciences devine une règle générale à partir d'exemples et peut se tromper. Le raisonnement par récurrence est une démonstration déductive : une fois l'initialisation et l'hérédité démontrées, le résultat est certain.

Qu'est-ce que la récurrence forte ?

Dans la récurrence forte, l'hypothèse suppose que P(1),P(2),…,P(k)P(1), P(2), \dots, P(k) sont toutes vraies, pas seulement P(k)P(k). C'est utile quand P(k+1)P(k+1) dépend de plusieurs cas précédents, par exemple dans les démonstrations sur la décomposition en facteurs premiers.

Glossaire

Raisonnement par récurrence
Une méthode de démonstration qui prouve P(n)P(n) pour tout entier nn à partir d'une valeur de départ, grâce à une initialisation et une hérédité
Initialisation
Le premier cas de la propriété, souvent P(1)P(1), vérifié directement
Hypothèse de récurrence
La supposition que P(k)P(k) est vraie pour un entier kk quelconque
Hérédité
La démonstration que P(k)P(k) implique P(k+1)P(k+1) pour tout kk à partir de la valeur de départ
P(n)
La propriété que l'on veut démontrer, écrite en fonction de l'entier nn
Conclusion
La dernière phrase d'une démonstration par récurrence : P(n)P(n) est vraie pour tout nn à partir de la valeur de départ

Carte des formules

Principe de récurrence

P(1) et (P(k)⇒P(k+1))⇒P(n) pour tout n≥1P(1) \text{ et } \big(P(k) \Rightarrow P(k+1)\big) \Rightarrow P(n) \text{ pour tout } n \ge 1

Initialisation plus hérédité démontrent la propriété pour tout $n$

Somme des n premiers entiers

1+2+⋯+n=n(n+1)21 + 2 + \dots + n = \dfrac{n(n+1)}{2}

Pour $n = 5$ : $15$

Somme des n premiers nombres impairs

1+3+⋯+(2n−1)=n21 + 3 + \dots + (2n-1) = n^2

Pour $n = 5$ : $25$

Somme des puissances de 2

1+2+4+⋯+2n=2n+1−11 + 2 + 4 + \dots + 2^n = 2^{n+1} - 1

Pour $n = 6$ : $127$

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