Les sophismes courants

Apprends à repérer et à corriger les sophismes les plus courants, de l'affirmation du conséquent à la confusion entre corrélation et causalité, avec des exemples mathématiques.

Avancé25 minLeçon

Définition

Un sophisme (ou raisonnement fallacieux) est une erreur de raisonnement : la conclusion ne découle pas des prémisses, même si l'argument semble convaincant. Il en existe deux familles.
1. Les sophismes formels sont des erreurs dans la forme d'un argument. Deux d'entre eux viennent des implications p→qp \to q. Compare-les avec les deux formes valides :
FormePreˊmissesConclusionModus ponensp→q, pqvalideModus tollensp→q, ¬q¬pvalideAffirmation du conseˊquentp→q, qpnon valideNeˊgation de l’anteˊceˊdentp→q, ¬p¬qnon valide\begin{array}{l|c|c|c} \text{Forme} & \text{Prémisses} & \text{Conclusion} & \\ \hline \text{Modus ponens} & p \to q,\ p & q & \text{valide} \\ \text{Modus tollens} & p \to q,\ \neg q & \neg p & \text{valide} \\ \text{Affirmation du conséquent} & p \to q,\ q & p & \text{non valide} \\ \text{Négation de l'antécédent} & p \to q,\ \neg p & \neg q & \text{non valide} \end{array}
L'affirmation du conséquent est l'erreur de la réciproque (q→pq \to p), et la négation de l'antécédent est l'erreur de l'inverse (¬p→¬q\neg p \to \neg q). La table de vérité montre pourquoi elles échouent : dans la ligne où pp vaut F (faux) et qq vaut T (vrai), l'implication p→qp \to q est vraie et qq est vraie, donc les deux prémisses sont vraies, mais pp est faux. (La table interactive vérifie l'erreur de la réciproque : sa dernière colonne vaut F exactement dans cette ligne. Elle écrit V pour vrai et F pour faux.)
2. Les sophismes informels sont des erreurs dans le contenu d'un argument :
  • Argument ad hominem : attaquer la personne au lieu de son argument.
  • Homme de paille : déformer l'affirmation de l'autre en une version plus faible, puis attaquer celle-ci.
  • Faux dilemme : ne proposer que deux options alors qu'il y en a d'autres.
  • Généralisation hâtive : une règle générale tirée de trop peu de cas.
  • Raisonnement circulaire : la conclusion est cachée dans les prémisses.
  • Pente glissante : prétendre qu'un petit pas mène forcément à une catastrophe.
  • Argument d'autorité : c'est vrai parce qu'une personne célèbre ou puissante l'a dit.
  • Corrélation et causalité : deux choses arrivent ensemble, donc l'une causerait l'autre.
Important : un sophisme montre que l'argument ne prouve pas sa conclusion. La conclusion elle-même peut quand même être vraie ou fausse.

Essaie tout de suite

Argument : s'il pleut, le sol est mouillé. Le sol est mouillé. Donc il a plu. De quel sophisme s'agit-il ?

Exemples résolus

Argument : si un nombre est divisible par 6, alors il est pair. 14 est pair. Donc 14 est divisible par 6. L'argument est-il valide ?

1

Nomme les parties

pp : le nombre est divisible par 6. qq : le nombre est pair. → Règle : p→qp \to q

2

Trouve quelle partie est donnée

On nous dit que 14 est pair, donc la conclusion qq est donnée, et l'argument en déduit pp. → Forme : p→q, qp \to q,\ q, donc pp

3

Compare avec les formes valides

Le modus ponens a besoin de pp comme prémisse, pas de qq. C'est une affirmation du conséquent. → Forme non valide

4

Vérifie par un calcul

14÷6=214 \div 6 = 2 reste 22 → 14 n'est pas divisible par 6

Erreurs courantes

Croire qu'un sophisme prouve que la conclusion est fausse

Pourquoi c'est faux: Un sophisme montre seulement que l'argument ne prouve pas sa conclusion. Prends la règle : si x=2x = 2, alors x2=4x^2 = 4. Conclure x=2x = 2 à partir de x2=4x^2 = 4 n'est pas valide, et pourtant xx pourrait valoir 22.

Correct: Dis que la conclusion ne découle pas. Pour montrer qu'elle est fausse, il faut un contre-exemple, ici x=−2x = -2.

Confondre l'affirmation du conséquent avec le modus ponens

Pourquoi c'est faux: Les deux utilisent p→qp \to q et se ressemblent. La différence est la partie donnée comme prémisse.

Correct: Si pp est donné, tu peux conclure qq (valide). Si qq est donné, tu ne peux pas conclure pp (affirmation du conséquent).

Prendre beaucoup d'exemples pour une démonstration

Pourquoi c'est faux: Vérifier 3 cas, ou même 100, reste une généralisation hâtive si l'affirmation porte sur tous les nombres.

Correct: Utilise les exemples pour formuler une conjecture, puis démontre-la avec un raisonnement qui couvre tous les cas, ou trouve un contre-exemple.

Qualifier toute mention d'un expert d'argument d'autorité

Pourquoi c'est faux: Citer un expert compétent avec des preuves est normal. Le sophisme consiste à utiliser un nom à la place des preuves, surtout en dehors du domaine de la personne.

Correct: Demande-toi : cette personne est-elle experte de ce sujet précis, et quelles preuves soutiennent l'affirmation ?

Visuel interactif

Table de vérité

Expression(p → q) ∧ q → p
pqp → q(p → q) ∧ q(p → q) ∧ q → p
FFVFV
FVVVF
VFFFV
VVVVV

V= VraiF= Faux

Bac à sable interactif

Calculatrice d'expressions

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Exercices pratiques

18 exercices
Problème 1 sur 18
Facile

Argument : s'il pleut, le sol est mouillé. Le sol est mouillé. Donc il a plu. De quel sophisme s'agit-il ?

Pourquoi c'est important

Les sophismes sont partout, et beaucoup se cachent derrière des nombres :
  • Mathématiques : vérifier une formule sur 4 cas n'est pas une démonstration. Pour les nombres premiers n=2,3,5,7n = 2, 3, 5, 7, le nombre 2n−12^n - 1 est premier, mais pour n=11n = 11 on obtient 2047=23×892047 = 23 \times 89.
  • Actualité et statistiques : les gros titres transforment souvent une corrélation en cause, ou donnent de grands totaux sans les diviser par la population.
  • Publicité : 8 utilisateurs sur 10 ont adoré ! semble convaincant, jusqu'à ce que tu apprennes que seulement 10 personnes ont été interrogées.
  • Débats et réseaux sociaux : les attaques personnelles et les hommes de paille remplacent les vrais arguments, et les faux dilemmes cachent de meilleures options.
  • Sciences : les chercheurs utilisent des groupes témoins justement parce que corrélation n'est pas causalité.
Dès que tu sais nommer un sophisme, tu peux expliquer exactement ce qui manque et comment réparer l'argument.

Applications dans le monde réel

Les promesses publicitaires

La publicité adore les pourcentages et les visages connus. Un petit échantillon et une célébrité, c'est une généralisation hâtive et un argument d'autorité réunis.

Exemple:

Une pub dit : 80 % des utilisateurs ont de meilleures notes, affirme un footballeur célèbre ! Le joueur n'est pas un expert de l'apprentissage, et les 80 % viennent peut-être de très peu de personnes.

1Essaie par toi-même

Une application de révision a 5000 utilisateurs. Les 80 % de la pub viennent d'un sondage auprès de 10 utilisateurs, dont 8 ont répondu oui.

Quel pourcentage de tous les utilisateurs a vraiment été interrogé ?

Étape 1 : Écris l'expression mathématique

Écris la part des utilisateurs interrogés, en pourcentage :

Gros titres et totaux

Les gros titres comparent souvent des totaux sans les diviser par la taille du groupe. Les grandes villes ont de gros totaux pour presque tout.

Exemple:

La ville A compte 4000 décès par an et la ville B seulement 300, alors un journal titre : la ville A est bien plus dangereuse. Mais la ville A a 2000000 d'habitants et la ville B 100000.

2Essaie par toi-même

Ville A : 2000000 d'habitants, 4000 décès par an. Ville B : 100000 habitants, 300 décès par an. Compare les taux pour 1000 habitants.

Quelle ville a le taux de mortalité le plus élevé pour 1000 habitants ?

Étape 1 : Écris l'expression mathématique

Écris le taux pour 1000 habitants de la ville A :

Les statistiques de la sécurité routière

Une affirmation célèbre dit que la plupart des accidents ont lieu près de chez soi, donc que conduire près de chez soi est dangereux. Elle ignore le taux de base : la part de la conduite qui se fait près de chez soi.

Exemple:

Si 85 % de tous les kilomètres sont parcourus près de chez soi, on s'attend à y trouver environ 85 % des accidents, même si le risque était le même partout.

3Essaie par toi-même

Dans une région, 700 accidents sur 1000 ont lieu à moins de 10 km du domicile, et 85 % de toute la conduite se fait à moins de 10 km du domicile.

Les données montrent-elles que conduire près de chez soi est plus dangereux ?

Étape 1 : Écris l'expression mathématique

Écris le nombre d'accidents attendus près de chez soi si le risque était le même partout :

Points clés

  • 1Un sophisme est une erreur de raisonnement : la conclusion ne découle pas des prémisses
  • 2L'affirmation du conséquent (p→qp \to q, qq, donc pp) et la négation de l'antécédent (p→qp \to q, ¬p\neg p, donc ¬q\neg q) sont des formes non valides
  • 3Le modus ponens (p→qp \to q, pp, donc qq) et le modus tollens (p→qp \to q, ¬q\neg q, donc ¬p\neg p) sont les formes valides
  • 4Parmi les sophismes informels : l'argument ad hominem, l'homme de paille, le faux dilemme, la généralisation hâtive, le raisonnement circulaire, la pente glissante et l'argument d'autorité
  • 5Corrélation n'est pas causalité : cherche un troisième facteur et compare des taux, pas des totaux
  • 6Des exemples ne prouvent jamais une règle générale, mais un seul contre-exemple la réfute

Questions fréquentes

Pas forcément. Le sophisme montre que l'argument ne prouve pas la conclusion. Elle peut quand même être vraie pour d'autres raisons, il te faut donc un contre-exemple pour montrer qu'elle est fausse.
Pas forcément. Le sophisme montre que l'argument ne prouve pas la conclusion. Elle peut quand même être vraie pour d'autres raisons, il te faut donc un contre-exemple pour montrer qu'elle est fausse.
Un sophisme formel est faux à cause de sa structure, quel que soit le sujet : l'affirmation du conséquent n'est pas valide pour les nombres, la météo ou n'importe quoi d'autre. Un sophisme informel est faux à cause de son contenu, comme une option oubliée ou une attaque contre une personne.
Aucun nombre de cas ne suffit pour une règle portant sur une infinité de nombres. 2n−12^n - 1 est premier pour les nombres premiers n=2,3,5,7n = 2, 3, 5, 7 et échoue quand même pour n=11n = 11. Les exemples t'aident à deviner, une démonstration rend la règle certaine.
Pose trois questions : un troisième facteur pourrait-il causer les deux, la cause pourrait-elle aller dans l'autre sens, et y a-t-il eu une expérience contrôlée ? Sans comparaison équitable, une corrélation montre seulement que deux choses arrivent ensemble.

Glossaire

Sophisme
Une erreur de raisonnement qui empêche un argument de prouver sa conclusion
Sophisme formel
Une erreur dans la forme d'un argument, par exemple l'affirmation du conséquent
Sophisme informel
Une erreur dans le contenu d'un argument, par exemple un homme de paille ou un faux dilemme
Affirmation du conséquent
La forme non valide p→qp \to q, qq, donc pp
Négation de l'antécédent
La forme non valide p→qp \to q, ¬p\neg p, donc ¬q\neg q
Variable confondante (facteur caché)
Un troisième facteur caché qui agit sur deux choses et les fait paraître liées

Carte des formules

Modus ponens (valide)

p→q, p ∴ qp \to q,\ p \ \therefore\ q

L'hypothèse est donnée, donc la conclusion suit

Modus tollens (valide)

p→q, ¬q ∴ ¬pp \to q,\ \neg q \ \therefore\ \neg p

La conclusion est fausse, donc l'hypothèse est fausse

Affirmation du conséquent (non valide)

p→q, q ∴ pp \to q,\ q \ \therefore\ p

L'erreur de la réciproque : $q$ peut être vraie alors que $p$ est fausse

Négation de l'antécédent (non valide)

p→q, ¬p ∴ ¬qp \to q,\ \neg p \ \therefore\ \neg q

L'erreur de l'inverse : $q$ peut être vraie alors que $p$ est fausse

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